Dates de concerts Mélanie Pain“I’ll walk through the mountains, I’ll walk through the desert, walk through seven seas (…) Until I find someone who knows my name, until I find someone who could tell me who I am” (“je franchirai les montagnes, je traverserai le désert, les sept mers (…) jusqu’à trouver quelqu’un qui sache mon nom, jusqu’à trouver quelqu’un qui puisse me dire qui je suis”). Sur “My Name”, chanson aériennequi constitue le pivot de ce premier album, Mélanie Pain fait mine de s’interroger sur son identité. Une question que la jeune Française se pose avec coquetterie. Déjà parce que ce premier disque en son nom va lui servir d’éclatante carte de visite mais surtout parce que les dernières années, riches en rencontres artistiques et en apprentissage, ont offert une lumineuse réponse à toutes les questions qu’elle pouvait se poser. Quand Mélanie regarde en arrière, c’est en effet avec un délicieux vertige qu’elle constate tout le chemin parcouru. En 2004, avec pour seule expérience celle de fredonner chez elle par-dessus les disques qu’elle aime (des Smiths à Sonic Youth) elle s’improvise chanteuse pour donner de la chair aux morceaux electro pop de son ami Benoît de Villeneuve. Quelques semaines après, Marc Collin craque sur sa voix et l’invite à participer au projet de reprises new wave sur lequel il travaille, Nouvelle Vague. Survient ensuite un premier concert aux allures de révélation pour Mélanie qui s’épanouit en tant qu’interprète. “C’est un peu comme si j’avais accompagné quelqu’un pour une audition et que j’y découvrais ma vocation”. Cinq ans plus tard, elle demeure une des interprètes fétiches de Nouvelle Vague. Sur le troisième album du collectif, elle reprend avec fierté des morceaux de Depeche Mode ou d’Echo and the Bunnymen qu’elle chante en duo avec les interprètes des originaux : Martin Gore et Ian McCulloch. Depuis les timides essais de voix pour Villeneuve, Mélanie a effectivement parcouru le monde avec Nouvelle Vague, pour jouer au Brésil, en Chine, aux États-Unis, partageant la scène avec les chanteuses Camille et Phoebe Killdeer. Fruit de rencontres, d’amitiés, de textes griffonnés entre deux tournées et d’idées échangées, son premier album raconte tout ça et bien plus. Il dessine un univers romantique et sophistiqué, empreint de légèreté et de profondeur où se télescopent des sentiments contradictoires comme l’illustre “Ignore-moi”, craquante chanson pop qui, contrairement à ce qu’insinuent les malignes paroles dues à Jacques Duvall (oui, l’auteur de tubes pour Alain Chamfort, Lio, Étienne Daho ou Jane Birkin) fait tout pour nous séduire.
Mises bout à bout, les chansons de My Name racontent avec fraîcheur, comme autant de scènes évadées de films. Il y a ainsi l’instant de “La Cigarette” saisi avec une poésie gracile. Dans ce morceau composé par les complices Pap Deziel (pour les mots) et Benoît de Villeneuve (pour la musique), des guitares limite western à la Calexico apportent un contrepoint à la douce voix de Mélanie, rêveuse comme Marilyn Monroe dans La Rivière sans retour. “Helsinki”, duo qui accueille avec bonheur le timbre éraillé de Julien Doré et rappelle le couple Kylie Minogue-Nick Cave sur “Where the wild roses grow”, constitue également un mémorable court-métrage. Mélanie a d’ailleurs accompagné Julien Doré en tournée, jouant en première partie à l’Olympia, mais aussi le rejoignant sur scène pour cet “Helsinki” poignant. L’autre chanteur invité est l’élégant songwriter folk norvégien Thomas Dybdahl dont la caressante voix accompagne celle de Mélanie sur “L’Espace d’un instant”, complainte sentimentale à laquelle, pour résister, il faudrait opposer un coeur de pierre. D’ores et déjà promis à devenir un des pics de son répertoire, “Bruises” met tout simplement la chair de poule. Cette ballade rhythm’n’blues à l’ancienne dont les cuivres ne cessent d’attiser l’intensité s’inscrit dans la grande tradition des embrasements chers à la soul music. Si le caractère de Mélanie l’amène parfois vers des ambiances oniriques et pleines de spleen (“Peut-être pas” ou “Sans l’ombre de toi”), elle a voulu que son album contienne son lot de moments pétillants et légers. Parce que, au rayon de la chanson française, elle aime autant Barbara que la Brigitte Bardot pétulante des sixties. “Everything I Know” et son refrain attachant, fruit d’une collaboration avec le groupe français 1973, ou “If you knew”, très cabaret, écrit avec Phoebe Killdeer dans le bus de tournée de Nouvelle Vague, apportent ces moments d’insouciance. Comme la reprise de “Little cowboy”, chansonnette du grand Harry Nilsson (l’immortel interprète de “Everybody’s Talkin” dans le film Macadam Cowboy aka Midnight Cowboy) que Mélanie, à force de l’entonner en coulisses pour s’échauffer la voix, a enregistrée en guise d’hommage.
Frais, parfois ingénu, souvent touché par une joie contagieuse, toujours émouvant mais jamais trop sucré, le premier album de Mélanie Pain dévoile des références et un univers singulier, croisement d’indie rock en état de grâce et d’une pop si classieuse et exigeante que beaucoup d’autres n’oseraient s’y frotter. Son croisement de rétro et de modernité, la chanteuse le retranscrit sur scène avec naturel, accompagnée par un pianiste/guitariste et un vieil électrophone sur lequel elle joue des vinyles, en chef d’orchestre mutine. Cette jeune femme pleine de charmes ne fait rien comme les autres. Pour toutes les raisons contenues par ce premier album, on ne s’inquiète pas pour Mélanie : bientôt, tout le monde pourra lui dire qui elle est. Vincent Brunner |