Dates de concertsPhoebe Killdeer & The Short Straws

PHOEBE KILLDEER & The Short Straws
INNERQUAKE
On ne connaît jamais vraiment les gens. Parfois, on croit les avoir saisis, et ils nous échappent comme par magie, se retrouvant là où on ne les attendait pas. Enfin, pour être tout à fait honnête, ça arrive surtout avec les gens talentueux.
Prenez Phoebe Killdeer. En 2006, l’Australienne hantait magnifiquement quatre reprises du second album de Nouvelle Vague, alors on l’avait un peu vite résumée à une chanteuse pop sucrée, du genre de celles que s’arrachent habituellement les radios un peu branchouilles, mais qui finissent au bout d’un moment par devenir presque interchangeables.
Or, en 2008, la demoiselle sort un premier album solo –produit par Marc Collin- qui déstabilise sensiblement nos prédictions. «Weather’s coming...» est en effet un disque plus complexe qu’on ne l’attendait, qui rend hommage et règle leur compte en même temps aux musiques qui ont nourri l’adolescence de Phoebe Killdeer : blues, rockabilly, surf, cabaret. A plusieurs reprises, on jurerait même que ses Short Straws se plantent de session et jouent pour Tom Waits.
Au bout de deux années à écumer toutes les scènes possibles (Festival «Printemps de Bourges», «Eurockéennes», «MaMA», «Les Femmes s’en mêlent», « Solidays », «Paléo», « Sakifo » etc.) pour défendre ce premier disque, Phoebe et ses Courtes Pailles ne peuvent plus ignorer ce qui crevait les yeux à chaque concert: ils devaient absolument capturer et apprivoiser en studio cette énergie sauvage et ce son brut qui transformaient désormais chacune de leurs prestations.
Aux grands maux, les grands moyens, il fallait un homme qui sait retrouver ses brebis dans la fureur et le bruit blanc. Ce sera Matt Verta Ray (moitié de Heavy Trash, aux côtés de Jon Spencer) qui s’y collera. Le New-yorkais a une culture qui leur parle : le blues cradingue, The Cramps, Johnny Burnette, Eddie Cochran, The Gun Club, le vieux jazz des 40s… Pourtant «Innerquake» ne ressemble pas vraiment à son prédécesseur. Plus couillu, plus pointu. Les ambiances sont sombres, lourdes, poisseuses, entre blues-punk et indus de cow-boys, tandis que la voix de Phoebe s’envole vers d’autres sphères. On pense parfois à la PJ Harvey hargneuse des débuts, aux moments de grâce de Shivaree ou à l’insolence sexy de Garbage. On imaginerait en tout cas facilement des titres comme «The Fade Out Line» ou «Twisted» au générique d’un film de Quentin Tarantino.
Bref. Tout ça pour dire que parfois on est plutôt content de ne pas si bien connaître les gens.